Les historiens s'entendent aujourd'hui pour dater le tableau vers 1625. Jean-Pierre Cuzin a souligné l'intérêt des peintres du début du XVIle siècle pour ce thème, et insiste, citant Michel Laclotte, sur le caractère farouche et déterminé de l'expression de Judith qui transforme " la meurtrière en allégorie terrible et pourtant apaisée de la vengeance des justes ". Il rapproche cette figure à mi-corps de celles de Vouet, à Rome de 1613 à 1627. Le catalogue de Nice et Rennes relève la construction rigoureuse du tableau, la monumentalité du personnage qui en occupe tout l'espace, ainsi que l'aspect moral du geste, ce bras levé qui indique que l'ordre venait de Dieu. On ne peut manquer d'évoquer pour ce tableau le rapprochement fait par Jacques Thuillier avec la gravité de Georges de La Tour : « Comme lui, il préfère saisir chaque être dans cet instant de silence, où, tout entier à une pensée profonde, il laisse, sans jamais le livrer, pressentir son secret. » Valentin insiste sur la dignité de l'héroïne sans jouer sur le réalisme macabre de la tête coupée. Judith est ici richement vêtue et parée de ses bijoux, comme l'indique le texte biblique (Judith 10, 3-5). É.P.-R.

    Valentin de Boulogne (Coulommiers, vers 1594 - Rome, 1632)

    Cet artiste, dont la vie tumultueuse et mal connue a été retracée par Roberto Longhi, serait arrivé à Rome vers 1612-1613. Il commence à y être célèbre vers 1620. Il fréquente davantage le milieu des peintres nordiques que celui des peintres français. Sa notoriété lui vaut d'être mécéné à la fin de sa vie par le cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIII, et Louis XIV possède cinq toiles de lui dans ses collections.

    L'artiste est connu pour de grands tableaux bibliques, d'un violent lyrisme, des figures religieuses à mi-corps, ainsi que des scènes de tavernes ou des réunions de musiciens, dans une filiation caravagesque marquée de gravité et de lyrisme.