Débora et Yaël

Juges 4 et 5

Les Hébreux sont installés en Palestine. Ils sont menacés de l'intérieur et de l'extérieur. Alors, ils se donnent des chefs, les juges, pour les gouverner. Au rang de ces juges, une femme, Débora, sait, à l'occasion, se montrer chef de guerre (vers 1130 avant Jésus Christ).

 Débora, une prophétesse, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le palmier de Débora et les fils d'Israël montaient vers elle pour des questions d'arbitrage. Elle fit appeler Baraq et elle lui dit : "Le Seigneur, Dieu d'Israël, a vraiment donné un ordre. Va, rassemble au mont Tabor et prends avec toi dix mille hommes...J'attirerai vers toi au torrent du Qishôn Sisera, chef de l'armée de Yavîn, ainsi que ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains." Baraq lui dit : "Si tu marches avec moi, je marcherai, mais si tu ne marches pas avec moi, je ne marcherai pas." Elle lui dit : "Je marcherai donc avec toi; toutefois, sur le chemin où tu marches, la gloire ne sera pas pour toi, car c'est à une femme que le Seigneur vendra Sisera." Débora se leva et elle alla vers Baraq à Qédesh. Baraq convoqua Zabulon et Nephtali à Qédesh. Dix mille hommes montèrent sur ses pas et avec lui monta Débora.

(Juges 4,4-10)

 Sisera est battu.

 Or Sisera s'enfuyait à pieds vers la tente de Yaël, femme de Héber le Qénite, car il y avait la paix entre Yavîn, roi de Haçor, et la maison de Héber le Qénite. Yaël sortit à la rencontre de Sisera et lui dit : "Arrête-toi, mon Seigneur, arrête-toi chez moi; ne crains rien." Il s'arrêta chez elle, dans sa tente, et elle le recouvrit d'une couverture. Il lui dit : "Peux-tu me donner un peu d'eau, car j'ai soif." Elle ouvrit l'outre de lait, le fit boire et le recouvrit. Il lui dit : "Tiens-toi à l'entrée de la tente et si quelqu'un vient, t'interroge et dit : "Y-a-t-il quelqu'un ici?", tu diras : "Non". Mais Yaël prit un piquet de la tente, saisit dans sa main le marteau, entra auprès de lui doucement et lui enfonça dans la tempe le piquet qui alla se planter dans la terre; Sisera, qui était épuisé, était profondément endormi, mourut.

(Juges 4,17-21)

 Le cantique de Débora et de Baraq.

 Ce jour-là Débora et Baraq chantèrent en disant :

"...Pour le Seigneur, moi, je veux chanter... Des villages étaient abandonnés, jusqu'à ce que tu te sois levée, Débora, jusqu'à ce que tu te sois levée, mère en Israël...

Eveille-toi, éveille-toi, Débora! Eveille-toi, éveille-toi, lance un chant. Lève-toi, Baraq, et ramène les captifs...

Bénie soit parmi les femmes, Yaël, parmi les femmes qui vivent sous la tente, qu'elle soit bénie ! Il demandait de l'eau, elle donna du lait...

Elle étendit sa main vers le piquet et sa droite vers le marteau des travailleurs ; elle martela Sisera et lui broya la tête...

A ses pieds il s'affaisse, il tombe, il est couché... Par la fenêtre elle se penche et elle regarde, la mère de Sisera, à travers le grillage :

 "Pourquoi son char tarde-t-il à venir?"... La plus sage de ses princesses...lui réplique en disant : "N'est-ce pas parce qu'ils partagent le butin : une captive, deux captives par tête de guerrier, un butin d'étoffes de couleur pour Sisera, une broderie, une étoffe de couleur, deux broderies pour le cou des captives."

Qu'ainsi périssent tous tes ennemis, Seigneur, et que tes amis soient comme le soleil quand il se lève dans sa force."

 Et le pays fut en repos pendant quarante ans.

(Juges 5,1...31)

Textes de la TOB, éditions du Cerf


Débora, sans cesse en activité comme une abeille, exerce le pouvoir comme les Juges en Israël avant la royauté de David. C'est dire qu'elle gouverne, rend la justice, a charge de la défense en plus de sa fonction prophétique. Débora est une femme engagée politique ! Elle porte bien son nom et se montre capable de piquer au vif Baraq, dont le nom signifie "éclair" - mais qui n'est pas une flèche ! - afin qu'il rassemble une armée capable d'affronter les troupes du général Sisera.

Baraq a peur, ou peut-être est-il convaincu que Dieu assiste Débora ? Toujours est-il qu'il la souhaite à ses côtés. Débora prend alors avec lui la tête de la troupe, mais elle le prévient que la victoire sera obtenue par une femme. C'est Yaël, l'épouse d'un étranger - le fait n'est pas banal - qui parvient par ruse à supprimer le chef de l'armée adverse.

Le cantique de Débora célèbre ainsi l'exploit de Yaël : «Bénie soit parmi les femmes, Yaël, femme de Héber le Qénite» (Jg 5,24). De même il sera dit de Judith : «Bénie sois-tu, ma fille, par le Dieu Très Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre» (Jdt 13,18).

La figure de Débora permet d'évoquer les femmes qui prennent des responsabilités, s'engagent dans le combat politique et forcent l'admiration par la vérité de leur parole. Comment ne pas penser à Jeanne d'Arc, à Rigoberta Menchu, à Aung San Suu Kyi en Birnanie et à beaucoup d'autres plus proches, moins célèbres mais aussi actives?


Michel FROMONT dans Femmes de la Bible, le dynamisme de la foi


Je me rends compte que beaucoup de compagnons sont révolutionnaires, ce sont de bons compagnons, mais ils n'arrêtent jamais de ressentir ça, que, quand unefemme est leur responsable, ils pensent que c'est leur avis à eux qui est le meilleur... Moi, j'ai une responsabilité et je suis responsable et ils doivent m'accepter telle que je suis.. ("Moi, Rigoberta Menchu." de E.Burgos - Ed.Gallimard)


Oser me présenter aux élections

A travers mon expérience personnelle, j'ai fait l'apprentissage du pouvoir. Jeannette, Guide, puis cheftaine de Louveteaux; après mon mariage et la naissance de mes quatre enfants, j'ai souhaité enrichir ma vie personnelle et familiale par des contacts et des échanges avec d'autres. Un besoin d'approfondissement de ma foi se fit sentir. L'équipe ACGF (Action Catholique Générale Féminine) de mon quartier et l'équipe d'ACI (Action Catholique des milieux Indépendants) en foyer m'apportèrent une réponse à cette attente. Puis vinrent les responsabilités et les engagements au sein des conseils de parents d'élèves dans les collèges et les lycées.

A 38 ans, il m'est demandé de me présenter aux élections municipales; après un premier mandat de conseillère municipale, j'accepte de devenir maire adjointe, et cela pendant 12 ans, avant de vivre la position quelque peu inconfortable de simple conseillère municipale d'opposition à partir de 1989.

Ma foi m'a alors beaucoup soutenue, car j'aurais pu démissionner comme certains le firent, mais j'ai réalisé que je devais assumer cet échec avec humilité. Cela m'a permis de mieux comprendre ce qu'avait dû vivre l'équipe minoritaire précédente.

Au fil des années, atteinte peut-être par le virus de la politique, j'ai souhaité "oser me présenter" aux élections cantonales en 1994. J'ai franchi bien des obstacles et malgré le manque d'à peine 100 voix, j'ai l'impression d'avoir remporté une certaine victoire, celle d'avoir osé me présenter, celle d'avoir été vraie, celle d'avoir fait entendre une voix de femme. Pour tout cela, je ne regrette rien, je ne suis pas déçue, au contraire je me sens enrichie de tout ce que j'ai pu recevoir à travers ces contacts si divers. J'ai vécu tout cela comme un temps très fort dans ma vie, inondée et soutenue par la grâce du Seigneur maintes fois ressentie.

Marie-Thérèse