Anne
et Peninna

1 Samuel 1 et 2

Nous sommes dans la première moitié du 11ème siècle avant Jésus-Christ. Des tribus du peuple hébreu ont été gouvernées par des chefs, hommes ou femme, de manière épisodique. C'est dans ce contexte , où "chacun faisait ce qui lui plaisait" (Juges 21, 25), que nous est livré ce récit.

Il y avait un homme de Ramataïm-Cofim, de la montagne d'Ephraïm. Il s'appelait Elqana. Il avait deux femmes : l'une s'appelait Anne et la seconde Peninna. Peninna avait des enfants, Anne n'en avait pas. Tous les ans, cet homme montait de sa ville pour se prosterner devant le Seigneur, le tout-puissant, et pour lui sacrifier à Silo. Il y avait là, comme prêtres du Seigneur, les deux fils d'Eli, Hofni et Pinhas.
Vint le jour où Elqana offrait le sacrifice. Il avait coutume d'en donner des parts à sa femme Peninna et à tous les fils et filles de Peninna. Mais à Anne, il donnait une part d'honneur car c'est Anne qu'il aimait, bien que le Seigneur l'eût rendue stérile. De surcroît, sa rivale ne cessait de lui faire des affronts pour l'humilier, parce que le Seigneur l'avait rendue stérile. Ainsi agissait Elqana tous les ans, chaque fois qu'elle montait à la Maison du Seigneur; ainsi Peninna lui faisait-elle affront. Anne se mit à pleurer et refusa de manger. Son mari Elqana lui dit : "Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi as-tu le coeur triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ?"
Anne se leva après qu'on eut mangé et bu à Silo. Le prêtre Eli était assis sur son siège à l'entrée du Temple du Seigneur. Pleine d'amertume, elle adressa une prière au Seigneur en pleurant à chaudes larmes. Elle fit le voeu que voici : "Seigneur tout-puissant, si tu daignes regarder la misère de ta servante, te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante et donner à ta servante un garçon, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête."
Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n'entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre. Eli lui dit : "Seras-tu longtemps ivre ? Va cuver ton vin !" Anne lui répondit : "Je ne suis pas, mon seigneur, une femme entêtée, mais je n'ai bu ni vin, ni rien d'enivrant. Je m'épanchais seulement devant le Seigneur. Ne traite pas ta servante comme une fille de rien, car c'est l'excès de mes soucis et de mon chagrin qui m'a fait parler jusqu'ici". Eli lui répondit : "Va en paix, et que le Dieu d'Israël t'accorde ce que tu lui as demandé !" Elle dit : "Que ta servante trouve grâce à tes yeux ! " La femme s'en alla, elle mangea et n'eut plus le même visage.
Ils se levèrent de bon matin et se prosternèrent devant le Seigneur; puis ils rentrèrent chez eux à Rama. Elqana connut sa femme Anne et le Seigneur se souvint d'elle.
Or donc, aux jours révolus, Anne, qui était enceinte, enfanta un fils. Elle l'appela Samuel car, dit-elle, "c'est au Seigneur que je l'ai demandé". Le mari Elqana monta avec toute la famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s'acquitter de son voeu. Mais Anne ne monta pas, car dit-elle à son mari, "attendons que l'enfant soit sevré; alors je l'emmènerai, il se présentera devant le Seigneur et il restera là-bas pour toujours". Son mari Elqana lui dit : "Fais ce que bon te semble. Reste ici jusqu'à ce que tu l'aies sevré. Que seulement le Seigneur accomplisse sa parole". La femme resta donc et elle allaita son fils jusqu'à ce qu'elle l'eût sevré. Lorsqu'elle l'eut sevré, elle le fit monter avec elle, avec trois taureaux, une mesure de farine et une outre de vin; elle le fit entrer dans la Maison du Seigneur à Silo, et l'enfant devint servant. Ils immolèrent le taureau et amenèrent l'enfant à Eli. Elle dit : "Pardon, mon seigneur ! aussi vrai que tu es vivant, mon seigneur, je suis la femme qui se tenait près de toi, ici même, et adressait une prière au Seigneur. C'est pour cet enfant que j'ai prié, et le Seigneur m'a concédé ce que je lui demandais. A mon tour, je le cède au Seigneur. Pour toute sa vie, il est cédé au Seigneur". Il se prosterna là devant le Seigneur.


Anne pria et dit :
"J'ai le coeur joyeux grâce au Seigneur
et le front haut grâce au Seigneur,
la bouche grande ouverte contre ennemis;
je me réjouis de ta victoire.
Il n'est pas de saint pareil au Seigneur.
Il n'est personne d'autre que toi.
Il n'est pas de Rocher pareil à notre Dieu.
Ne répétez pas tant de paroles hautaines,
que l'insolence ne sorte pas de votre bouche :
le Seigneur est un Dieu qui sait
et c'est lui qui pèse les actions.
L'arc des preux est brisé,
ceux qui chancellent ont la force pour ceinture.
Les repus s'embauchent pour du pain
et les affamés se reposent.
Ainsi la stérile enfante sept fois,
et la mère féconde se flétrit.
Le Seigneur fait mourir et fait vivre,
descendre aux enfers et remonter.
Le Seigneur appauvrit et enrichit,
il abaisse, il élève aussi.
Il relève le faible de la poussière,
et tire le pauvre du tas d'ordures,
pour les faire asseoir avec les princes
et leur attribuer la place d'honneur.
Car au Seigneur sont les colonnes de la terre,
sur elles il a posé le monde.
Il gardera les pas de son fidèle,
mais les méchants périront dans les ténèbres,
car ce n'est point par la force qu'on triomphe.
Le Seigneur, ses adversaires seront brisés,
contre eux, dans le ciel, il tonnera.
Le Seigneur jugera la terre entière.
Il donnera la puissance à son roi,
il élèvera le front de son messie".

Elqana s'en alla chez lui à Rama. Quant à l'enfant, il servait le Seigneur, en présence du prêtre Eli.


(1Samuel 1,1 - 2,11)

Textes de la TOB, éditions du Cerf