FEMMES DANS LA MISSION :

St Paul était-il misogyne ?

Premières à annoncer la résurrection, les femmes apparaissent également très présentes au début de la mission de l'Eglise. Durant le temps qui a précédé la Pentecôte, avec les disciples, elles méditent le Mystère de Pâques : «Tous, unanimes étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie la mère de Jésus et avec les frères de Jésus» (Ac 1,14). Avec les disciples elles réalisent qu'elles sont appelées à annoncer l'évangile. Il n'est pas étonnant alors d'en trouver bon nombre aux côtés de saint Paul, parmi les converties et les missionnaires.

Il faut mentionner quelques femmes de la haute société. Converties, elles ont mis au service de l'annonce de l'évangile les moyens matériels qui ont favorisé la mission. Ainsi, Marie, la mère de Marc accueille les apôtres dans sa maison à Jérusalem, durant la persécution, et protège Pierre (Ac 12,12). Lydie se trouvait avec d'autres femmes dans un lieu de prière, véritable rendez-vous de la vie, près de la cité de Philippes. Paul se rend près de ces femmes, peut-être à l'invitation de Lydie dont «le Seigneur avait ouvert le coeur». Elle reçoit le baptême avec toute sa maison et invite Paul à demeurer quelques jours (Ac 16,14-15). Dans de telles maisons les disciples ont proclamé la parole et la communauté s'est rassemblée pour l'Eucharistie.

Signalons encore quelques couples, en particulier celui de Priscille et Aquilas. Ils avaient quitté Rome à cause du décret de l'empereur Claude interdisant à tout juif de résider dans la capitale et étaient arrivés à Corinthe, port de 40 000 habitants. Comme Paul pratiquait le même métier, fabricant de tentes, ils étaient vite entrés en relation (Ac 18, 2-3). De Corinthe, Paul s'est embarqué avec eux pour la Syrie et sur le trajet, au passage à Ephèse, Priscille et Aquilas ont fait la catéchèse à Apollos (Ac 18,26). Ce couple faisait partie des bons amis de Paul qu'il qualifie de collaborateurs en Jésus Christ» (Rm 16,3).

Comme le signalent les Actes des apôtres et les Lettres de Paul lui-même, beaucoup de ses collaborateurs sont des collaboratrices. Il n'est pas impossible que certaines, avec ou sans leur mari, aient annoncé l'évangile dans tel ou tel port méditerranéen, au hasard des voyages, avant même l'arrivée de l'apôtre.

Si l'on tient compte de la mentalité du temps et des coutumes, il apparaît que Paul a plutôt contribué à la libération des femmes de son temps. Il les a autorisées à prendre la parole dans les assemblées, ce qui était inconcevable à l'époque. Il a prôné la réciprocité dans le couple alors que, dans la société romaine et la société grecque, les femmes, sauf exception, jouissaient de peu de considération. Ses conseils aux Corinthiens devaient représenter une véritable révolution: «Ce n'est pas la femme qui dispose de son corps, c'est son mari. De même, ce n'est pas le mari qui dispose de son corps, c'est sa femme» (1 Co 7,4). Considérer Paul comme un misogyne, comme on l'a dit trop souvent, et faire peser sur lui les déviations consécutives aux interprétations erronées de ses paroles s'avère parfaitement injuste.

Ces messagères de l'Evangile rappellent que c'est toute l'Eglise qui est apostolique et qui a charge de l'annonce de la Bonne Nouvelle. Tous ses membres, hommes et femmes, égaux en dignité par le baptême, sont responsables de la mission. Comment le sommes-nous ensemble, dans la diversité des dons et des ministères ?

 

Michel FROMONT, Femmes de la Bible, le dynamisme de la foi, ACGF 1994