Sara et Hagar

Genèse 12, 16, 18, 20, 21

Galates 4

 Les traditions bibliques nous parlent d'Abraham. On pourrait situer les événements du récit dans la première partie du deuxième millénaire avant Jésus Christ. Lors de divers mouvements de populations, Abram, sa femme Saraï et tout son clan quittent le sud de la Mésopotamie pour marcher vers le nord, puis vers l'ouest. Une famine les oblige à descendre en Egypte.

 Il y eut une famine dans le pays et Abram descendit en Egypte pour y séjourner car la famine sévissait sur le pays. Or, au moment d'atteindre l'Egypte, il dit à sa femme Saraï: " Vois, je sais bien que tu es une femme belle à voir. Alors, quand les Egyptiens te verront et diront: "C'est sa femme", ils me tueront et te laisseront en vie. Dis, je te prie, que tu es ma sur pour que l'on me traite bien à cause de toi et que je reste en vie grâce à toi. " De fait, quand Abram atteignit l'Egypte, les Egyptiens virent que cette femme était fort belle. Des officiers du Pharaon la regardèrent, chantèrent ses louanges au Pharaon, et cette femme fut prise pour sa maison . A cause d'elle, on traita bien Abram qui reçut petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux. Mais le Seigneur infligea de grands maux au Pharaon et à sa maison à cause de Saraï, la femme d'Abram. Le Pharaon convoqua Abram pour lui dire: " Que m'as-tu fait là ! Pourquoi ne m'as-tu pas déclaré qu'elle était ta femrne ? Pourquoi m'as-tu dit: "C'est ma sur" ? Et je me la suis attribuée pour femme. Maintenant, voici ta femme, reprends-la et va-t'en ! " Le Pharaon ordonna à ses gens de le renvoyer, lui, sa femme, et tout ce qu'il possédait et Abram monta d'Egypte au Néguev, lui, sa femme et tout ce qu'il possédait.

(Genèse 12,10-13,1)

 Dans le droit mésopotamien, une femme stérile pouvait donner une servante à son mari pour avoir d'elle un enfant. Saraï, femme d'Abram, se trouve dans cette situation. Elle a une servante, Hagar.

 Saraï, femme d'Abram, ne lui avait pas donné d'enfant. Elle avait une servante égyptienne du nom de Hagar, et Saraï dit à Abram : "Voici que le Seigneur m'a empêchée d'enfanter. Va donc vers ma servante, peut-être que par elle j'aurai un fils." Abram écouta la proposition de Saraï. Dix ans après qu'Abram se fut installé dans le pays de Canaan, Saraï sa femme prit Hagar, sa servante égyptienne, pour la donner comme femme à Abram son mari. Il alla vers Hagar qui devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux. Saraï dit à Abram : "Tu es responsable de l'injure qui m'est faite. C'est moi qui ai mis sur ton sein ma servante. Dès qu'elle s'est vue enceinte, je n'ai plus compté à ses yeux. Que le Seigneur décide entre toi et moi!" Abram répondit à Saraï : "Voici ta servante en ton pouvoir, fais-lui ce qui est bon à tes yeux." Saraï la maltraita et celle-ci prit la fuite.

(Genèse 16,1-6)

Dans le récit qui va suivre, une femme, Hagar, donne un nom à Dieu, fait unique dans l'Ancien Testament.

L'ange du Seigneur la trouva près d'une source dans le désert, et il dit : "Hagar, servante de Saraï, d'où viens-tu et où vas-tu ?" Elle répondit : "Je fuis devant Saraï ma maîtresse." L'ange du Seigneur lui dit : "Retourne chez ta maîtresse et plie-toi à ses ordres." L'ange du Seigneur lui dit : "Je multiplierai tellement ta descendance qu'on ne pourra la compter." L'ange du Seigneur lui dit : "Voici que tu es enceinte et que tu vas enfanter un fils, tu lui donneras le nom d'Ismaël car le Seigneur a perçu ta détresse..." Hagar invoqua le nom du Seigneur qui lui avait parlé : "Tu es Dieu qui me voit."...Hagar enfanta un fils à Abram; il appela Ismaël le fils que Hagar lui avait donné.

(Genèse 16,7-11,13,15)

Après cela, Dieu annonce à Abram qu'il va devenir le père d'une multitude de nations par Saraï.

On ne t'appelera plus du nom d'Abram, mais ton nom sera Abraham car je te donnerai de devenir le père d'une multitude de nations...Tu n'appeleras plus ta femme Saraï du nom de Saraï, car elle aura pour nom Sara (Princesse). Je la bénirai et même je te donnerai par elle un fils. Je la bénirai, elle donnera naissance à des nations; des rois de peuple sortiront d'elle.

(Genèse 17,5,15-16)

Un jour qu'il reçoit trois visiteurs, Dieu annonce à Abraham que Sara aura un fils. Cette dernière n'en revient pas.

Sara se mit à rire en elle-même et dit : "Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux!" Le Seigneur dit à Abraham : "Pourquoi ce rire de Sara ? Et cette question : "Pourrais-je vraiment enfanter, moi qui suis si vieille ?" Y a-t-il un chose trop prodigieuse pour le Seigneur ? A la date où je reviendrai vers toi, au temps du renouveau, Sara aura un fils." Sara nia en disant :"Je n'ai pas ri", car elle avait peur. "Si! Reprit-il, tu as bel et bien ri."

(Genèse 18,12-15)

 Abraham part avec sa femme vers le sud. Il la fait passer pour sa sur. Le roi du pays enlève cette dernière, mais il apprend que c'est la femme d'Abraham. Alors, il vient la rendre à Abraham et donne à ce dernier le droit d'habiter dans le pays. (20,1-18) Cet épisode est à rapprocher de Genèse 12,10-20. (Voir plus haut)

 a promesse du visiteur se réalise pour Sara.

Sara devint enceinte et donna un fils à Abraham en sa vieillesse...Abraham appela Isaac le fils qui lui était né, celui que Sara lui avait enfanté...Sara s'écria : "Dieu m'a donné sujet de rire! Quiconque l'apprendra rira à mon sujet." Elle reprit : "Qui aurait dit à Abraham que Sara allaiterait des fils ? Et j'ai donné un fils à sa vieillesse!"

(Genèse 21,2-3,6-7)

 Ismaël et Isaac grandissent ensemble et deviennent camarades de jeu, ce qui déplaît à Sara.

Sara dit à Abraham : "Chasse la servante et son fils, car le fils de cette servante ne doit pas hériter avec mon fils Isaac." Cette parole fâcha beaucoup Abraham parce que c'était son fils. Mais Dieu lui dit : "Ne te fâche pas à cause du garçon et de ta servante. Ecoute tout ce que te dit Sara, car c'est par Isaac qu'une descendance portera ton nom. Mais du fils de la servante, je ferai aussi un nation, car il est de ta descendance." Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre d'eau qu'il donna à Hagar. Il mit l'enfant sur son épaule et la renvoya. Elle s'en alla errer dans le désert de Béer-Shéva. Quand l'eau de l'outre fut épuisée, elle jeta l'enfant sous l'un des arbustes.

Puis elle alla s'asseoir à l'écart, à la distance d'une portée d'arc. Elle disait en effet : "Que je n'assiste pas à la mort de l'enfant!" Assise à l'écart, elle éleva la voix et pleura. Dieu entendit la voix du garçon et, du ciel, l'ange de Dieu appela Hagar. Il lui dit : "Qu'as-tu, Hagar? Ne crains pas, car Dieu a entendu la voix du garçon, là où il est. Lève-toi! Relève l'enfant et tiens-le par la main, car de lui je ferai une grande nation." Dieu lui ouvrit les yeux et elle aperçut un puits avec de l'eau. Elle alla remplir l'outre et elle fit boire le garçon. Dieu fut avec le garçon qui grandit et habita au désert. C'était un tireur d'arc; il habita dans le désert de Parân, et sa mère lui fit épouser une femme du pays d'Egypte.

(Genèse 21,10-21)

Textes de la TOB, éditions du Cerf

 * La stérilité vaincue par Dieu est un signe fréquent, dès l'Ancien Testament, de l'initiative de Dieu dans l'avenir de son peuple.


Saint Paul interprète ces épisodes avec sa foi chrétienne.

Il est écrit qu'Abraham eut deux fils, un de la servante, un de la femme libre; mais le fils de la servante était né selon la chair, tandis que le fils de la femme libre l'était par l'effet de la promesse. Il y a là une allégorie : ces femmes sont, en effet, les deux alliances.L'une, celle qui vient du mont Sinaï, engendre pour la servitude : c'est Agar - car le mont Sinaï est en Arabie. Et Agar correspond à la Jérusalem actuelle puisqu'elle est esclave avec ses enfants. Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle notre mère...

(Galates 4,22-26)

(Lire également Romains 9,9)

 Interprétation de l'auteur de la lettre aux Hébreux :

Par la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une postérité, parce qu'elle tint pour fidèle l'auteur de la promesse. C'est pourquoi aussi, d'un seul homme, marqué déjà par la mort, naquit une multitude comparable à celle des astres du ciel, innombrable, comme le sable du bord de la mer.

(Hébreux 11,11-12)

(Lire également Première lettre de Pierre 3,5-6)