La Shounamite

2 Rois 4 et 8

 Le prophète Elisée (vers l'an 800 av. J.C.) intervient en faveur d'une femme notable Israëlite.

Il advint un jour qu'Elisée passa à Shounem. Il y avait là une femme de condition, qui le pressa de prendre un repas chez elle. Depuis lors, chaque fois qu'il passait, il s'y rendait pour prendre un repas. La femme dit à son mari : "Je sais que cet homme qui vient toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Construisons donc sur la terrasse une petite chambre; nous y mettrons pour lui un lit, une table, un siège et une lampe; quand il viendra chez nous, il pourra s'y retirer".
Un jour Elisée vint chez eux; il se retira dans la chambre haute et y coucha. Il dit à son serviteur Guéhazi : "Appelle cette Shounamite !" Il l'appela et elle se tint devant le serviteur. Elisée dit à son serviteur : "Dis-lui : Tu nous as témoigné toutes ces marques de respect. Que faire pour toi ? Faut-il parler en ta faveur au roi ou au chef de l'armée ?" Elle répondit : "Je vis tranquille au milieu des miens". Il dit : "Mais que faire pour elle ?" Guéhazi répondit : "Hélas ! Elle n'a pas de fils et son mari est âgé. Il dit : "Appelle-la!" Il l'appela et elle se tint à l'entrée. Il dit : "A la même époque, l'an prochain, tu serreras un fils dans tes bras". Elle dit : "Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante". La femme conçut et enfanta un fils à la même époque, l'année suivante, comme Elisée le lui avait dit.
L'enfant grandit. Un jour, il alla rejoindre son père auprès des moissonneurs. Il lui dit : "Ma tête, ma tête !" Le père dit à son serviteur : "Porte-le à sa mère !" Le serviteur l'emporta et le remit à sa mère. L'enfant resta jusqu'à midi sur les genoux de sa mère, puis il mourut. Alors, elle monta l'étendre sur le lit de l'homme de Dieu, l'enferma et sortit. Elle appela son mari et dit : "Envoie-moi, je t'en prie, un des serviteurs et une des ânesses ! Je cours jusque chez l'homme de Dieu et je reviens". Il dit : "Pourquoi veux-tu aller chez lui aujourd'hui ? Ce n'est ni une nouvelle lune ni un sabbat". Elle répondit : "Ne t'inquiète pas !" Elle sella l'ânesse et dit à son serviteur : "Conduis-moi, marche et ne m'arrête pas en chemin sans que je te le dise !" Elle partit et se rendit auprès de l'homme de Dieu au Mont Carmel.

Dès que l'homme de Dieu l'aperçut de loin, il dit à son serviteur Guéhazi : "Voici notre Shounamite ! Cours à sa rencontre et demande-lui : "Comment vas-tu ? Ton mari va-t-il bien ? L'enfant va-t-il bien ?" Elle répondit : "Tout va bien !" Arrivée à la montagne près de l'homme de Dieu, elle lui saisit les pieds. Guéhazi s'approcha pour la repousser, mais l'homme de Dieu dit : "Laisse-la, car elle est dans l'amertume et le Seigneur me l'a caché; il ne m'a pas informé". Elle dit : "Est-ce moi qui ai demandé un fils à mon Seigneur ? N'avais-je pas dit : "Ne me berce pas d'illusions !" ?" Elisée dit à Guéhazi : "Ceins tes reins, prends mon bâton en main et va ! Si tu rencontres quelqu'un, ne le salue pas; et si quelqu'un te salue, ne lui réponds pas. Tu mettras mon bâton sur le visage du garçon". Alors la mère du garçon dit : "Par la vie du Seigneur et par ta propre vie, je ne te quitterai pas ! " Elisée se leva et la suivit. Guéhazi les avait précédés; il avait mis le bâton sur le visage du garçon, mais il n'y avait eu ni voix ni signe de vie. Guéhazi revint donc à la rencontre d'Elisée et l'en informa en disant : "Le garçon ne s'est pas réveillé".
Elisée arriva à la maison et en effet le garçon était mort, étendu sur son lit. Elisée entra, s'enferma avec l'enfant et pria le Seigneur. Puis il se coucha sur l'enfant et mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains; il resta étendu sur lui : le corps de l'enfant se réchauffa. Elisée descendit dans la maison, marchant de long en large, puis il remonta s'étendre sur l'enfant. Alors le garçon éternua sept fois et il ouvrit les yeux. Elisée appela Guéhazi et dit : "Appelle cette Shounamite !" Il l'appela; elle se rendit près d'Elisée qui lui dit : "Emporte ton fils !" Elle vint tomber à ses pieds, se prosterna à terre puis emporta son fils et sortit.

(2 Rois 4,8-37)

Textes de la TOB, éditions du Cerf