Judith

Judith

 

Le livre de Judith, écrit vers la fin du 2ème siècle av. J.C. ou plus tard encore, a probablement comme origine un fait réel qui pourrait se placer sous la domination perse (538-333 av; J.C.). Ce fait est lui-même pris dans un canevas d'événements empruntés à d'autres époques et sur lesquels on brode librement.
Le général assyrien Holopherne met le siège devant Béthulie, une ville d'Israël. Bientôt, eau et vivres viennent à manquer. Les habitants de la ville et leurs chefs s'enfoncent dans la dépression, au point de vouloir se rendre. Judith est informée de la situation. Elle est veuve depuis plus de trois ans, porte le deuil et jeûne chaque jour. Elle est de fort belle apparence et de très gracieux aspect. Elle est riche et de moralité irréprochable.


Envoyant sa suivante qui était préposée à tous ses biens, Judith fit inviter Ozias, Khabris et Kharmis, les anciens de sa ville.
Ils vinrent chez elle et elle leur dit : "Ecoutez-moi, chefs des habitants de Béthulie, car elle n'est pas droite la parole que vous avez prononcée devant le peuple en ce jour, quand vous avez prêté ce serment prononcé entre Dieu et vous et que vous avez parlé de rendre la ville à nos ennemis, si en ces cinq jours le Seigneur ne vous envoie du secours...Ne prenez pas de gages contre les desseins du Seigneur notre Dieu, car Dieu n'est pas comme un homme pour être menacé, ni comme un fils d'homme pour être soumis à un arbitre. C'est pourquoi en attendant le salut de sa part, appelons-le à notre secours et il entendra notre voix, si c'est son bon plaisir...
Ecoutez-moi : je ferai une action qui parviendra aux fils de notre race jusqu'à des générations de générations...Vous vous tiendrez à la porte cette nuit; je sortirai avec ma suivante et avant les jours où vous avez parlé de livrer la ville à nos ennemis, le Seigneur visitera Israël par mon entremise..." Ozias et les chefs lui dirent : "Va en paix et que le Seigneur Dieu soit devant toi pour tirer vengeance de nos ennemis..."


(Judith 8,10...35)

Quand ses hôtes l'ont quittée, Judith se met à prier.

Elle cria vers le Seigneur d'une voix forte en disant : "...O Dieu, mon Dieu, exauce-moi, moi qui suis veuve. Car tu as fait les événements d'autrefois, de maintenant et du futur...Ta force n'est pas dans le nombre, ni ta puissance dans les forts, mais tu es le Dieu des humbles, le secours des petits, le défenseur des faibles, le protecteur des abandonnés, le sauveur des désespérés..."


(Judith 9,1...14)

Judith et Holopherne

Alors, après avoir cessé de crier vers le Dieu d'Israël, elle se releva de sa prosternation, appela sa suivante et descendit dans la maison où elle passait les jours de sabbat et de fêtes; elle enleva le sac dont elle était revêtue, elle quitta ses habits de veuve, elle lava son corps avec de l'eau et l'oignit d'une épaisse huile parfumée; elle peigna les cheveux de sa tête, elle y mit un bandeau et revêtit ses habits de fête dont elle se couvrait aux jours où vivait son mari Manassé; elle prit des sandales aux pieds, elle mit ses colliers, ses bracelets, ses bagues, ses boucles d'oreilles et toutes ses parures et se fit très élégante pour séduire les yeux des hommes qui la verraient...Elles sortirent vers la porte de Béthulie...Judith sortit avec sa servante.
Elles marchèrent tout droit dans le vallon et un avant-poste des Assyriens vint à sa rencontre. Ils la saisirent et l'interrogèrent : "De quel côté es-tu ? D'où viens-tu ? Où vas-tu ?" Elle répondit : "Je suis une fille des Hébreux et je m'enfuis de chez eux parce qu'ils sont sur le point de vous être
livrés en pâture. Pour moi, Je viens voir Holopherne, le général en chef de votre armée...Je lui montrerai devant lui le chemin qu'il doit suivre pour devenir le maître de toute la région..." Ils la conduisirent jusqu'à la tente d'Holopherne; il se produisit un attroupement à travers tout le camp...; on venait former un cercle autour d'elle...On admirait sa beauté...
On informa Holopherne à son sujet et il alla à l'entrée de sa tente précédé de flambeaux d'argent. Quand Judith arriva devant lui et ses officiers, tous admirèrent la beauté de son visage.
Judith lui dit : "Accepte les paroles de ton esclave...Si tu suis les paroles de ta servante, Dieu accomplira sa tâche avec toi et mon seigneur ne connaîtra pas l'échec dans ses entreprises...Dieu m'a envoyée réaliser avec toi des affaires dont toute la terre sera stupéfaite...Tu sortiras avec toute ton armée et personne parmi eux ne te résistera. Et je te conduirai à travers la Judée jusqu'à ce que tu arrives devant Jérusalem; je placerai ton trône en son milieu..." Holopherne lui dit : "Dieu a bien fait de t'envoyer au devant du peuple, afin de mettre la force en mes mains et la perdition en ceux qui ont méprisé mon seigneur. Quant à toi, tu es jolie d'aspect et habile dans tes paroles. Si tu fais comme tu l'as dit, ton Dieu sera mon Dieu; toi-même tu demeureras dans la maison du roi Nabuchodonosor et tu seras renommée par toute la terre."


(Judith 10,1-11,23)

Le banquet

Holopherne fit un banquet pour ses serviteurs seuls et il n'envoya d'invitation à aucun de ses fonctionnaires. Il dit à Bagoas, l'eunuque préposé à toutes ses affaires : "Va persuader cette femme hébraïque qui est chez toi de venir auprès de nous et de manger et boire avec nous..." Elle se leva, se para de ses vêtements et de toutes ses parures féminines...Judith entra et s'étendit à terre; le coeur d'Holopherne fut transporté par elle et son âme fut agitée. Il fut saisi du désir très fort de s'unir à elle. Il épiait le moment favorable pour la séduire depuis le jour où il l'avait vue...Holopherne était en joie à cause d'elle et il but énormément de vin...


(Judith 12,10...20)

Commentaire de ce tableau.

Quand il se fit tard, ses serviteurs se pressèrent de partir. Bagoas ferma la tente du dehors...Judith seule fut laissée dans la tente avec Holopherne effondré sur son lit, car il était noyé dans le vin...Judith, debout près du lit d'Holopherne, dit en son coeur : "Seigneur, Dieu de toute puissance, jette un regard en cette heure sur les oeuvres de mes mains pour l'exaltation de Jérusalem..." Alors, s'avançant vers la barre du lit qui était près de la tête d'Holopherne, elle en retira son cimeterre et , s'approchant du lit, elle saisit la chevelure de sa tête et dit : "Fortifie-moi en ce jour, Seigneur Dieu d'Israël." Elle frappa deux fois sur son cou de toute sa vigueur et elle lui ôta la tête. Puis elle fit rouler son corps hors de la couche...Peu après, elle sortit et remit la tête d'Holopherne à sa suivante, qui la mit dans sa besace à provisions. Elles sortirent toutes les deux ensemble, comme à l'accoutumée, pour aller à la prière. Elles traversèrent le camp, montèrent à la montagne de Béthulie et arrivèrent à ses portes...
Et tous accoururent, du plus petit jusqu'au plus grand, parce que son arrivée leur paraissait incroyable; ils ouvrirent la porte, les reçurent, allumèrent un feu pour éclairer et les entourèrent. Elle leur dit d'une voix forte : "Louez Dieu. Louez-le. Louez Dieu qui n'a pas retiré sa miséricorde de la maisond'Israël, mais qui a broyé nos ennemis par ma main cette nuit." Puis, ayant tiré la tête de la besace, elle la leur montra et leur dit : "Voici la tête d'Holopherne, le général en chef des armées d'Assour...Le Seigneur l'a frappé par la main d'une femme..."


Judith 13,1-15)

 La victoire

Judith ordonne aux hommes de suspendre la tête d'Holopherne au rempart. Au matin, c'est la panique dans le camp assyrien. Les Assyriens s'enfuient, poursuivis par les assiégés de Béthulie qui les taillent en pièces. Le camp est pillé.

Quand les anciens entrèrent chez Judith, ils la bénirent tous ensemble et lui dirent : "Tu es l'exaltation de Jérusalem, le grand orgueil d'Israël, la grande fierté de notre race. Tu as fait tout cela de ta main, tu as fait du bien à Israël et Dieu s'y est plu. Bénie sois-tu par le Seigneur tout puissant à perpétuité." Et tout le peuple dit : "Ainsi soit-il."...
Toutes les femmes d'Israël accoururent pour la voir et elles la bénirent. Certaines d'entre elles firent un choeur pour elle. Elle prit des thyrses dans ses mains et en donna aux femmes qui étaient avec elle. Elles se couronnèrent d'olivier, elle-même et celles qui étaient avec elle, et elle s'avança en tête de tout le peuple, conduisant le choeur de toutes les femmes. Tous les hommes suivaient... Alors Judith entonna cette action de grâces : "Entonnez un cantique pour mon Dieu avec des tambourins..."


(Judith 15,9-16,1)

Fin de la vie de Judith

Judith partit pour Béthulie et y resta dans sa propriété. Elle devint célèbre en son temps dans tout le pays. Beaucoup la désirèrent mais aucun homme ne la connut tous les jours de sa vie depuis le jour où était mort son mari Manassé...Elle s'avança en âge avec une grande gloire et elle vieillit dans la maison de son mari jusqu'à cent cinq ans. Elle renvoya libre sa suivante et mourut à Béthulie. On l'enterra dans le sépulcre de son mari Manassé. La maison d'Israël mena son deuil pendant sept jours. Avant de mourir elle avait partagé ses biens entre tous les proches de son mari Manassé et les proches de sa famille.


(Judith 16,21-24)

Textes de la TOB, éditions du Cerf